
L’affaire avait fait grand bruit en début d’année. Dans la nuit du 5 février, une magistrate grenobloise et sa belle-mère étaient enlevées en Isère. Le commando de ravisseurs réclamait une rançon en cryptomonnaie à son époux, un entrepreneur lyonnais , avant que toute l’entreprise criminelle ne capote. Cinq suspects avaient été rapidement arrêtés, dont deux en région lyonnaise. Aujourd’hui, on en sait plus sur le déroulé des événements, marqués par l’amateurisme de malfaiteurs, tous originaires de la région lyonnaise.
Ligotées et séquestrées
Selon un rapport d’enquête dont les éléments ont été rendus publics par le journal Le Monde ce dimanche 26 avril. Le 5 février, cinq hommes armés d’un fusil à pompe s’introduisent dans la maison du couple, située dans la commune iséroise de Saint-Martin-Le-Vinoux. Après une tentative de prendre la fuite, la magistrate est violemment frappée à la tête. Elle et sa belle-mère sont alors ligotées et séquestrées dans une voiture. Les ravisseurs prennent la route. Le trajet se finit dans un box de garage situé dans la commune drômoise de Bourg-lès-Valence, où les deux femmes sont laissées sans surveillance. Elles parviendront à s’échapper grâce à l’intervention d’un voisin alerté par leurs cris.
De petits délinquants lyonnais…
Tous les éléments portent à croire que le commando, composés d’hommes âgés de 17 à 20 ans, était particulièrement inexpérimenté. Originaires de Saint-Priest et Décines-Charpieu, tous ont le profil de petits délinquants. L’ensemble des kidnappeurs ont laissé une grande quantité de trace ADN sur la scène de crime.
Tous ont été mis en examen pour « arrestation, enlèvement, détention d’otages en bande organisée » et « participation à une association de malfaiteurs », ils sont en prison dans l’attente de leur procès.
…Recrutés sur internet
Les hommes ont été recrutés via l’application de messagerie chiffrée Telegram, attirés par l’appât du gain, en l’occurrence 20 % d’une demande de rançon initialement fixée à 6 millions d’euros en cryptomonnaie. Aucun argent ne sera finalement versé. Le projet s’est monté en quelques jours sous la houlette d’un certain « Hermano ». Pour l’heure, ce dernier n’a pas pu être identifié. L’individu est suspecté d’avoir organisé un autre enlèvement à Voiron (Isère), ainsi que deux repérages et tentatives, en janvier à Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône) et en février à Grenoble. Tous ces dossiers sont désormais regroupés, et confiés au Parquet national anticriminalité organisée.
Des extorsions de cryptomonnaie qui se multiplient
Le scénario du méfait de cette mauvaise association de malfaiteurs pourrait tenir de la comédie policière, si les conséquences n’étaient pas aussi graves. Car les extorsions visant les détenteurs de cryptomonnaie se multiplient et laissent derrière des victimes, parfois mutilées, systématiquement traumatisées. Des rapts qui mettent aussi en lumière le manque de moyens dont bénéficie la justice pour s’adapter à ces nouvelles formes de banditisme. C’est ce que souligne un interlocuteur du monde des cryptomonnaies que Le Progrès a pu rencontrer en mars, dans un entretien rare et exclusif.
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